
OSEO :
comment endetter les étudiants ?
Dans la logique du trouble obsessionnel compulsif de l’idéologie dirigeante qui se résume à vouloir achever l’américanisation de notre société, on remarque une nouvelle extension du libéralisme absolu et dénué de toute moralité : permettre aux étudiants de s’endetter pour mener à bien leurs études supérieures. 15000€ à 4,5% sur 10 ans.
L’un des grands ordonnateurs du pillage de la classe moyenne et de l’aliénation économique de « la France d’en bas », spécialiste du surendettement des particuliers, via le crédit à la consommation, le crédit immobilier et les regroupements de crédits, CETELEM, ne pouvait pas manquer un rendez-vous si favorable à son actionnariat et se chargera de la besogne, avec l’objectif clairement avoué de fidéliser les clients (entendez : les victimes qui n’auront trouvé d’autres moyens que de tomber dans leur toile à l’âge de 18 ans. C’est ce que CETELEM appelle le « crédit responsable » : s’endetter bien, intelligemment, pour longtemps et chez eux plutôt qu’ailleurs).
Qu’est-ce qu’OSEO ?
La mission d’OSEO consiste à soutenir, au niveau du financement, de l’expertise et du conseil, la croissance et l’innovation des PME en France. OSEO est sous la tutelle Ministère de l'Economie, des Finances et de l'Emploi (C. Lagarde) et du Ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche (V. Pécresse).
OSEO, désormais, depuis le lundi 8 septembre 2008, pourra financer les études supérieures de quelque 75% d’étudiants qui sont déjà obligés de travailler, de petits jobs en petits jobs, tout au long de leur cursus.
L’alibi :
L’accroche propagandiste est aisée : OSEO va permettre à des étudiants pauvres d’étudier, ce qu’ils n’auraient pas pu faire sinon (entendez : sans se surendetter à peine sortis du lycée).
CETELEM est en quelque sorte le Père Noël de l’étudiant pauvre et sortira de sa hotte la réussite sociale à venir… et elle a intérêt à venir car il va falloir rembourser « intérêt et principal. »
L’arnaque idéologique et financière :
Quand on sait que, désormais, pour décrocher le moindre petit poste ou concours, il faille détenir un Master ou un Master Pro (Bac + 5), que représentent 15000 € sur 5 ans (à condition de ne pas redoubler, ce qui s’avère surhumain quand on doit étudier tout en travaillant) ? Cela fait 3000€ par an, soit 250€ par mois.
On l’aura compris, toujours pas de quoi payer une chambre de bonne, si misérable et insalubre soit-elle, ni à Paris, ni en province.
Encore moins de quoi permettre à un étudiant brillant mais pauvre (il y en a peut-être encore malgré la mise à sac de l’enseignement public depuis 30 ans), d’envisager les grandes écoles de commerces ou autres nurseries de l’élite de demain (à titre d’exemple, les frais annuels de scolarité à HEC en Master1 et Master 2 sont de 12 300 euros pour les étudiants français et européens.)
Donc, tout demeure pour le mieux dans le meilleur des mondes : les fils à papa continueront à fréquenter les grandes écoles et monnayeront leurs études contre des salaires mirobolants, ce qui leur assurera vie luxueuse, villas, voitures de sports. Les fils du peuple pourront continuer à fantasmer 10 ans encore après le Bac, quelles que soient leur valeur intellectuelle, dans un ascenseur social en panne qui, dans le meilleur des cas les clouera à leur étage et qui, plus probablement encore grâce à cet endettement inespéré, leur fera dévaler les misérables entresols auxquels leurs parents avaient réussi à s’élever.
Ce n’est pas bien grave : leurs parents eux-mêmes s’étant endettés pour 40 ou 50 ans en bons soldats consommateurs vivant pour soutenir le modèle économique qui les aliène, et ne leur laissant pour tout héritage que des traites à régler, les « jeunes » diplômés –ou pas– mais déjà endettés n’auront d’autre solution que de laisser filer vers les banques le maigre patrimoine qui aurait pu constituer pour eux une première marche sociale.
Ainsi, la concentration de 90% du patrimoine national entre les mains d’1% de la population pourra-t-elle être largement accélérée.
On le sait bien, en matière de consommation et de crédit, l’arnaque idéologique (rappelons-nous la promesse du candidat Sarkozy d’ouvrir des crédits étudiants à taux 0…) n’est que le tchador de l’arnaque financière.
Ne doutons pas non plus de l’évidente réaction que les propriétaires de logements, les écoles privées, et tous ceux qui flairent déjà que, puisque les étudiants peuvent désormais s’endetter, il suffit d’augmenter les prix des loyers, des droits de scolarité, etc. pour y trouver un bénéfice immédiat. C’est ce que tout le monde ferait en toute logique à leur place, c’est donc ce qu’ils feront.
Enfin, réjouissons-nous ! N’est-il pas heureux de constater qu’au moment même où le système bancaire s’effondre et perd de l’argent comme jamais, nos usuriers institutionnels sachent rebondir et inventer de nouveaux produits bancaires propres à redonner espoir aux quelques actionnaires qui auront plongé la planète entière dans la récession et la misère grâce à la spéculation sur le surendettement.
Les naïfs auraient-ils cru un instant que la « subprime mortgage crisis », la crise des sub-primes allait être l’occasion de penser les limites d’un capitalisme libéral déréglé et immoral et de redéfinir de nouveaux contours théoriques pour un capitalisme durable ? C’est bien les naïfs, ça, de croire qu’un drame sert de leçon !
Après avoir fait main basse sur le maigrissime patrimoine qui reste encore aux classes moyennes ou pauvres, les financiers ont élus leur nouvelle cible : les 18-25 ans. Après avoir ruiné et dépouillé les parents, ruinons et dépouillons a priori les enfants ! Cible d’autant plus facile, tendre à pénétrer, que les parents, lessivés économiquement, psychologiquement conditionnés à la certitude de ne percevoir aucune retraite, non seulement ne pourront pas soutenir leurs enfants mais les encourageront plutôt à s’endetter et à s’enchaîner qu’à refuser ou se révolter. En effet, qu’attendre d’autre de ces parents post-soixanthuitards que de former pour leurs enfants le rêve d’un monde dans la droite ligne de celui qu’ils ont porté au pinacle à grands coups d’encensoirs idéologiques ? Rien. La jeunesse d’aujourd’hui n’a rien à attendre de ses parents que la mise en place des conditions de possibilités de sa prochaine mise en servage. C’est un autre joyau de l’héritage soixanthuitard.
Les couches d'endettement vont pouvoir se stratifier d’âge en âge et de générations en générations (seule solution possible pour faire durer un modèle économique qui ne repose que sur l’endettement). Ainsi, l’élève aura endetté l’étudiant qui aura endetté le jeune adulte qui aura endetté le père de famille qui aura endetté le retraité qui à la fin de sa vie laissera en héritage des dettes à ses descendants. Aujourd’hui, dans le droit des successions, il est encore possible, après inventaire, de refuser un héritage. Qu’à cela ne tienne : comptez sur nos usuriers pour changer la loi et rendre obligatoire par les descendants l’héritage des dettes contractées par les ascendants.
Nous attendrons avec impatience le prochain quinquennat pour que les lycéens, collégiens et écoliers se voient proposer la chance, l’opportunité unique de s’endetter pour avoir accès à l’indispensable culture (dont leurs parents ne sauraient les priver sans être frappés d’indignité et de maltraitance par la collectivité) qui leur permettra de réussir : consoles de salons et portables, jeux vidéos, mangas, abonnements illimités pour des sites de téléchargements.
« Choisis bien, mon chéri ! Tu as bien compris ce que le Monsieur de CETELEM t’a expliqué : même avec ton crédit sur 20 ans, tu ne peux pas t’acheter plus d’un jeu par semaine. Tu ne peux pas tout avoir. C’est ça, le crédit responsable ! Ne fais pas de caprice et sois raisonnable ! Tu as 8 ans, tu dois apprendre à t’endetter intelligemment. Pense à la chance que tu as ! Pense à tous ces petits enfants du Tiers Monde qui, eux, ne jouent pas à leur faim tous les jours ! »
L’abandon de l’Etat :
Autre point significatif de cette politique : le désinvestissement de l’Etat républicain dans la formation de son élite future.
Il appartenait jusqu’à présent à la République de dépister les talents du petit peuple à l’école, au collège, au lycée et de permettre à ces élèves intelligents, courageux et méritants d’étudier dignement, par un système d’aides, de bourses, d’internat, de soutiens divers.
La massification du baccalauréat et de l’accès à l’Université rend cela impossible (merci la gauche !). Tout élève inscrit en Petite Section de maternelle à 3 ans reçoit le Bac d’office avec mention, qu’il soit méritant ou fumiste. C’est le Pack-Education Nationale. Comment faire la différence désormais ? Comment savoir qui aider ? Comment la Nation peut-elle soutenir financièrement la réussite de ceux qui portent encore en eux la philosophie de l’effort, du mérité personnel et qui devraient véritablement bénéficier du soutien de la collectivité ?
Subventionner indifféremment par des bourses tous les bacheliers, les cancres illettrés qui vont parasiter en vain (mais pas sans dommages pour l’Enseignement supérieur) les amphithéâtres des Universités pendant des années, comme les étudiants de valeur, voilà qui est impossible. C’est un sacrifice collectif honorable pour une Nation d’aider ses étudiants brillants mais pauvres. Ce serait une injustice flagrante de condamner chacun à payer davantage d’impôts pour entretenir et flatter la paresse, l’incompétence, la veulerie de ces milliers de pseudos bacheliers qui s’affublent du nom d’étudiant grâce à une idéologie de l’usurpation.
Le nivellement par le bas, mis en place par la politique socialiste, la massification du collège unique et du Bac auront eu –entre autres conséquences désastreuses– de noyer les quelques bons élèves brillants et courageux dans le flot terne des incapables et des paresseux. Tous sont bacheliers et 80% ont des mentions. Lesquels sont brillants ?
L’élite en sommeil dans le peuple n’est donc plus identifiable, elle est indifférenciable, et c’est bien normal, puisque selon la machinerie dogmatique mise en place depuis 30 ans, tout se vaut, tout est pareil que tout, l’idée d’une hiérarchie des valeurs et des qualités est un symptôme nauséeux de fascisme.
Merci à la gauche, qui aime tant le peuple, d’avoir mélangé le bon grain et l’ivraie dans une pâte idéologique gluante et stérile dont rien d’autre ne sort que l’échec scolaire, l’analphabétisation et, maintenant, l’endettement de nos enfants à un âge où nous-mêmes, leurs parents, ne possédions même pas encore notre propre compte en banque !
Le capitalisme financier joue donc sur du velours grâce aux socialistes qui ont détruit systématiquement l’Ecole et sa profonde raison d’être : permettre l’intégration et l’ascension sociale par la connaissance et la maîtrise de savoirs véritables. Ils ont beau jeu aujourd’hui, les banquiers ! « Les bons étudiants, ceux qui savent ce qu’ils ont dans le ventre, ceux qui auraient pu être soutenus par la Nation si on savait encore qui ils sont, peuvent parier sur eux, sur leur réussite et s’endetter. »
C’est un pari. Mais, contrairement au pari de Pascal, si on se trompe, on risque gros : arriver à 28 ans, sans diplômes ou avec des diplômes difficiles à monnayer donc se trouver face au chômage ou à des emplois sous-qualifiés donc peu rémunérés par rapport aux espoirs de salaires entretenus au moment de la signature du crédit CETELEM… et donc le surendettement à 28 ans, sans revenus suffisants pour y faire face.
La gauche n’a qu’à se taire, elle a permis et organisé cela. Elle a mis les enfants les plus méritants du peuple (mais pas les siens) dans la position de vassalisation et de soumission face au capitalisme financier qui non seulement les décèle mais les ligote.
La gauche n’a qu’à se taire, d’ailleurs elle se tait.
L’atteinte portée aux filières classiques, littéraires, humanistes et culturelles.
Autre bénéfice, logique dans un monde productif : mettre en adéquation la formation et l’emploi. C’est l’un des axes majeurs de la politique actuelle de lutte contre le chômage, cela semble relever du bon sens donc on n’entend peu –voire pas– de critique à ce sujet. Là encore, c’est un pur axiome idéologique, fondamentalement néfaste.
Il serait trop long de démontrer ici que seule une véritable culture généraliste, humaniste et scientifique, permettrait au citoyen et au travailleur de demain de s’adapter sans cesse aux mutations permanentes de la société, c’est-à-dire de s’adapter à toujours plus de polyvalence. Ce n’est pas une formation initiale spécifique, en fonction des besoins du marché du travail qui permettra aux jeunes d’aujourd’hui de rebondir demain quand, leur diplôme en poche, ils se verront opposer un refus d’embauche parce qu’en 5 ans (le temps de leur formation) le marché aura évolué, n’aura plus besoin de leur qualification mais d’une autre toute technicité.
Néanmoins, quelles filières seront-elles massivement choisies par des étudiants qui auront dû s’endetter pour étudier et qui vont devoir bientôt rembourser ?
C’est évident : les filières qui offrent l’espoir d’une forte rémunération. Or celles-ci, nous l’avons vu, resterons réservées aux enfants de l’élite, grâce à la barrière protectionniste des frais de scolarité. Donc des filières de toute façon universitaires, qui dispenseront une formation comparable à celle d’aujourd’hui (restons optimistes), c’est-à-dire une formation low cost pour la France d’en bas, dans la droite ligne encore des supermarchés discount, des voitures low cost fabriquées en Europe de l’Est, des loisirs low cost.
Le désengagement de l’Etat, le processus de trahison à l’esprit républicain est si bien lancé, le fanatisme du modèle américain si bien justifié par la propagande que, soyons-en certains, après l’autonomie des Universités nous évoluerons vers leur privatisation progressive. Ainsi, les quelques Universités de sciences, de médecine ou de droit qui imposeront des frais de scolarité inévitablement élevés participeront à la sélection sociale et à l’endettement des étudiants qui se seront retournés vers elles dans l’espoir d’un avenir meilleur, dans le phantasme angoissé de sortir d’un tunnel qui se construira au fur et à mesure qu’ils progresseront en lui.
Parieriez-vous sur l’avenir des filières littéraires, artistiques, humanistes ? Croyez-vous que les investisseurs privés miseront quoi que ce soit sur la philosophie, l’histoire, la littérature, l’art ? Pourquoi le feraient-ils ? Pour permettre à la main-d’œuvre technicienne de demain d’acquérir les bases de la culture et de la pensée, donc la possibilité de réfléchir et de contester ? Croyez-vous que de jeunes esprits, si curieux soient-ils d’humanités (restons optimistes une fois encore) puissent même avoir encore le droit de se tourner vers ces savoirs plusieurs fois millénaires, que la tradition, les savants, les artistes, les écrivains, les penseurs, les maîtres ont réussi jusqu’à présent à nous transmettre ? Comment en serait-il ainsi dans un univers de compétitivité et de productivité ?
Conclusion :
Ici, l’on voit comment l’idéologie marxiste (au sens large, mettons-les tous dans le même sac : stalinistes, léninistes, trotskystes, lambertistes, situationnistes, constructivistes n’étant que des courants différents d’une même secte, les bras d’une seule pieuvre) qui a imprégné l’occident à partir de la fin de la seconde guerre mondiale et qui a connu son apothéose avec la génération 68 a en fait préparé le terrain d’un capitalisme financier prédateur et cynique, extrémiste et déréglé. Ce capitalisme-là, celui du « laissons faire le marché, il règlera mieux les problèmes que le politique ne saurait le faire », est le capitalisme effréné du XIXème siècle et dont le seul objectif est l’enrichissement absolu des quelques uns, de quelques dizaines de familles, au détriment de l’ensemble de la population d’un état.
La véritable culture, la véritable pensée, la véritable musique sont les ennemis à abattre pour permettre la réalisation d’un tel dessein. C’étaient aussi les ennemis des dictatures marxistes et maoïstes. Les propagandistes de l’actuelle dictature ont su se montrer efficaces comme sous aucune tyrannie précédente.
On n’a pas interdit le livre, on lui a substitué la bande dessinée, le manga.
On n’a pas interdit la littérature, on a médiatiquement promu le « tout le monde est écrivain dans le dégueulis permanent et complaisant d’un moi sans intérêt.»
On n’a pas interdit la philosophie, on a glorifié les sophistes et les enchemisés de Saint-Germain-des-Prés.
On n’a pas interdit l’art ni la peinture, ni la sculpture, on a acculturé la jeunesse à « l’art contemporain » dont l’Ecole des Beaux-Arts est devenu le temple.
On n’a pas interdit la musique, on a laissé le Rap devenir texte à étudier au Bac, le rappeur se substituer à Amadeus ou à Ludwig von, la variété et le son devenir la musique.
On n’a pas interdit le recueillement, seul propice à l’étude et à l’effort, on a proposé la festivité permanente, le ludique congénital, l’alcool, la pornographie, la drogue.
On n’a pas interdit le travail, on a développé l’assistanat et le RMI pendant des décennies.
On n’a pas interdit la difficulté et la volonté, on a permis de choisir la facilité et la lâcheté.
On n’a pas interdit l’humanité (les Humanités), on a chanté l’animalité (les Passions).
Non, on n’a rien interdit, puisqu’il était devenu « interdit d’interdire ». On a fait mieux qu’interdire, on a fait renaître La bête humaine.
La gauche a dit : « Quand j’entends parler de culture, je sors mon Jack Lang ! »
La gauche a dit : « Quand j’entends parler d’école et de savoir, je sors mon constructivisme et mon pédagogisme ! A mort le savoir élitiste et bourgeois ! Vive l’analphabétisation des masses ! A-t- besoin d’avoir lu Bossuet et Descartes pour aller se shooter dans une rave partie ou pour finir dans une partouze collective après une techno parade ? Soyons chébran ! »
La gauche a dit, et la droite libérale qui n’est pas dure d’oreille, bluffée par tant de bêtise, de crétinisme et de bassesse l’a laissé dire. « Chante beau merle ! Chante et picore tous les fruits que tu peux ! Mais les fruits mûrs ne tomberont pas loin de l’arbre et je suis adossée au tronc ! J’attends. J’ai le temps. Time is money. »
Et le temps socialiste a travaillé pour le temps libéral qui, maintenant, passe à la caisse.
Si c’était un mauvais film policier, on parlerait du gentil flic et du méchant flic, sachant pertinemment qu’ils sont identiques et tendent au même but. Mais voilà, ce n’est pas un polar. C’est notre monde, notre pays, notre vie, notre avenir, celui de nos enfants.
Edouard FELICI