mardi 22 juillet 2008

L'aventure des écritures, une cédérom des Musées Nationaux




L'aventure des écritures, une plongée dans 5000 ans de civilisations



Sans doute l'humanité, délaissant la tradition de l'oral a-t-elle compris un jour qu'elle avait à se faire entendre par les générations et les civilisations à venir. Un message à léguer, un témoignage, une transmission, un héritage. Rien ne dure qui ne soit écrit. L'oral, parce qu'il est éphémère et limité, fragile car son seul support est la mémoire, pollué et trahi car à la mémoire se mêle toujours l'imagination, l'oral ne peut garantir à lui seul la transmission de ce qui semble caractéristique, inhérent, essentiel à une culture. On sait tout des Romains qui écrivaient, presque rien des Gaulois qui furent leurs contemporains, si ce n'est grâce à Jules César qui les décrivit dans la
Guerre des Gaules.

Jacques Chardonne écrit, au chapitre 3 de
Claire : "Rien de précieux n'est transmissible, une vie heureuse est un secret perdu."
Sans doute. Et chaque homme est, à sa mesure, une encyclopédie qui disparait comme la vie le quitte. Mais, si le bonheur pur n'est pas transmissible, s'il demande à être vécu pour être connu, toute chose n'est pas aussi intime ni si empirique.
L'homme articule le langage depuis 100 000 ans environs, il écrit depuis seulement 5 000 ans.
Cette invention, somme toute récente, nous a fait basculer dans la dimension de la filiation, et l'écrit peut être vu comme un fil d'Ariane qui conduit les hommes à travers le dédale du temps, les couloirs des civilisations;

Cette aventure humaine, c'est ce que la Réunion des Musées Nationaux nous présente dans un somptueux cédérom
"L'aventure de l'écriture". Une base encyclopédique exceptionnelle, des documents insoupçonnables passés à la loupes et commentés, des brouillons d'écrivains, des dossiers sérieux qui rendent accessibles les enjeux politiques, économiques et religieux qui présidèrent à l'invention de l'écriture et à sa propagation. Aussi, se promener dans les sillons numériques de ce fabuleux travail, c'est rencontrer les hommes et les civilisations sur des milliers d'années.

Voilà l'occasion de se cultiver grâce à un support qui allège l'effort permanent de lire et de tourner les pages. C'est mieux que n'importe quel site Internet, et derrière chaque clic se cache un trésor...

lundi 21 juillet 2008

Alessandro Baricco : Soie

Alessandro Baricco :
Soie (beau et tais-toi, Alessandro !)



Sur le modèle de la Constitution anglaise qui interdit à la Reine de parler politique, il faudrait, à l’occasion d’une révision de la Constitution de la Vème République, interdire aux journalistes français de parler de littérature, à moins qu’ils ne fussent également écrivains.

Allez donc voir, sur le site de l’Express, un exemple de critique littéraire qui ne sait ni lire ni critiquer et qui enfile comme des perles des arguments de vente dignes d’un stagiaire d’école de commerce.

La presse a donc encensé le texte d’Alessandro Baricco comme elle l’eût fait d’un nouveau « Guépard ». 300 000 ventes en Italie, principalement à destination d’un public jeune : un best seller pour bouffeurs de Mac Do incultes.

Baricco a circonscrit son objectif et atteint sa cible. Il sert à son public de la fast-littérature, mais pas grasse du tout. Elle serait même allégée : 0% d’idée, 0% de style, 0% de structure, 100 % de vide hydrogéné pour faire prendre ce Canada dry de mayonnaise littéraire. Vous l’aurez compris, c’est si léger, si plat et si creux, si vide et si vaporeux, que Baricco ferait presque mentir Pascal qui nous soutient et nous démontre que le vide n’est pas le néant.

Pour ce qui est de l’histoire, un français part acheter des vers à soie au Japon (XIXème siècle, japon médiéval). Il tombe amoureux d’une jeune femme (même pas bridée, donc sans doute occidentale, mais complètement tatamisée dans ses comportements ! Bien sûr, nous ne saurons rien de ce mystère !) déjà prise par le vieux potentat local. Rien n’est dit, scène de geisha aux regards immobiles ; regards immobiles qui sont sensées nous faire exploser le mercure de la sensualité. Et le danger là dedans ! Oulala ! N’en parlons même pas ! On ne pique pas le cœur de la copine d’un japonais médiéval tout puissant comme ça, juste parce qu’on est un jeune, gentil, beau et français, avec plein d’or en poche ! C’est qu’ils ont la tête près du chignon, et la main sur le katana, ces gens-là ! Alors, on rentre finalement en France retrouver sa femme à qui on ne dit rien mais qui comprend tout, parce qu’elles sont comme ça, les femmes françaises, même si on ne leur dit rien, elles comprennent tout, elles pardonnent tout. Quand on a connu un tel amour impossible, que faire d’autre sinon son jardin ? Parce qu’ils sont comme ça, les Français : s’ils sont transis d’amour, ils se mettent au jardinage et attendent la mort. Les Français, eux, ont des cœurs d’artichauts et cela les rend bons jardiniers ! Ou alors ils ont tous lu Epicure et appliquent les conseils du Maître, qui sait ? Et oui, même à quarante ans, même beau, riche, aventureux et intelligent, un amour déçu et hop ! Lessivé le french lover ! Jardinier ! Avec ça, les macaronis peuvent être rassurés, il n’y aura pas beaucoup de concurrence sur les plages nipponnes cet été !

Pour ce qui est de l’inspiration ? Ambiance « Estampe de supermarché, exemplaire original du Japon, 120x80, encadré, 3€99, made in China.» Les poncifs les plus éculés et les plus niais sur le Japon et les Japonais fusent à chaque coin de phrase. Il faut vraiment ne s’être jamais un tant soit peu intéressé à cette civilisation pour véhiculer de tels stéréotypes avec autant de naïveté. Le héros de Baricco est directement tiré du Richard Chamberlain de Shogun, série culte des années 80, dont l’auteur s’est visiblement trop nourri… C’est ça, la culture télé : on finit par réécrire Goldorak en se prenant pour Sophocle.

Pour ce qui est du style : si vous aimez le degré 0 de l’écriture, vous serez servis. Vous avez aimé le vide souverain qui règne chez Christian Bobin ? Vous avez adoré Philippe Delerm dès la première gorgée de rien ? Alors vous raffolerez de Baricco ! Vous êtes en transe sur les maxi best of navets de Paulo Coelho ? Votre cam, c’est le pseudo message spiritualisant ? le pseudo conte initiatique ? Vous vouerez un véritable culte à Baricco.

Sinon, si nous n’êtes pas du style à vous faire enBOBINer, passez vite chemin et relisez sur la plage quelque chose de correct (ou même d’excellent, rien n’est interdit) que vous aviez aimé, il y a vingt ans…

dimanche 20 juillet 2008

Françoise Dolto, Les journées du centenaire


Centenaire Françoise Dolto : du souvenir à l’actualité

Le 6 novembre 1908 naissait Françoise Marette qui épousera Boris Dolto, l’un des tous premiers défricheurs de la kinésithérapie en France.

Un centenaire, quand les médias veulent bien s’y intéresser, est l’occasion de mesurer l’apport, l’importance, l’impact d’une personne, d’un art, d’un événement, d’une pensée sur le monde. Françoise Dolto, infirmière, puis médecin, s’intéressa très tôt à la psychanalyse des enfants, et même des nourrissons. Sans croire en elle, la prenant au mieux pour une farfelue, mais touchés par sa profonde et réelle gentillesse, les « patrons » de médecine d’alors la laissaient faire. Après tout, quel mal aurait bien pu faire cette femme si douce et si gentille ?

Il ne s'agit que d’écouter, lire, entendre le moindre commentaire sur Dolto pour voir que chacun en parle sans la connaître et des critiques aberrantes s’élèvent contre des théories qui ne sont ni les siennes ni inspirées de ses travaux. Aujourd’hui, dans la conscience collective, Françoise Dolto est devenue le symbole du laisser aller dans l’éducation, de la permissivité, du relâchement, de la perte des repères entre enfants et parents, etc. On a donc, au fil du temps, créé le mythe d’une Dolto fantasmée qui n’est rien d’autre que l’anti-Dolto réelle.

Les experts, eux, ne s’y trompent pas. Il suffit de lire ou d’écouter Marcel Rufo, parce que c’est l’un des plus accessible et des plus médiatisé, pour comprendre le respect et l’intérêt que continuent d’entretenir les grands psychiatres dévoués à la cause de l’enfance.

Ce centenaire pourrait être l’occasion de retourner aux textes, aux conférences, aux émissions (aisément trouvables aujourd’hui sur des supports numériques), de mesurer l’apport, l’originalité de la pensée de Françoise Dolto, l’évolution de son discours, les progrès qui en sont nés et les bénéfices qu’ils continuent de produire.

Pour les chanceux qui seraient libres les 12-13 et 14 décembre 2008, profitant de la journée mondiale de la philosophie, l’UNESCO et les Archives Françoise Dolto organisent Les journées du centenaire. Le programme est des plus intéressants, largement ouvert aux « non psy », et sa mise en œuvre, alternant conférences, débats et lectures de textes fondateurs, sera des plus enrichissantes.

Alors, si vous êtes passionnés, intéressés, curieux, soucieux de comprendre comment la pensée de Françoise Dolto interroge une société qui tend à détruire les valeurs que défendaient cette grande psychanalyste, allez passer un week-end du côte de la Maison de l’Unesco, place de Fontenoy, à Paris ; et peut-être que le véritable cadeau de Noël 2008 vous pourriez bien le recevoir dix jours plus tôt…

Ecologie : un retour au paganisme ?

Ecologie : un retour au paganisme ?


Sachez donc, premièrement, que par la Nature je n'entends point ici quelque Déesse, ou quelque sorte de puissance imaginaire... (Descartes, Le monde, Chapitre VII, Garnier 1963, page 349.)



Michel Serres, Le contrat naturel :

Je me souviens de la conférence de Michel Serres au Virgin Mégastore de Bordeaux en 1990. Auréolé de la gloire de son élection à l’Académie Française, il venait présenter son dernier ouvrage, Le contrat naturel (François Bourin, 1990)

Ce livre a presque vingt ans et, s’il reçut un accueil des plus brillants alors, je crois que le statut de récent Académicien de son auteur y fut pour davantage que l’ouvrage lui-même.

Non pas que le texte soit sans mérite, loin de là ! Et j’invite même tous ceux qui pensent la place de l’homme dans le monde et son rapport à la Nature à le relire attentivement. Non : je pense que les thèses de l’ouvrage étaient peut-être trop anticipatrices pour être prises au sérieux ou même être simplement comprises par les lecteurs de 1990.

Le Contrat naturel ne se contente pas de « dire la beauté fragile de la Terre ». Considérée depuis le début de l’humanité jusqu’à l’ère rationaliste comme une puissance maternelle et protectrice, cause de toute vie, la Nature tombe dans l’oubli à partir du Contrat social qui est théorisé par les philosophes du droit naturel moderne ; contrat qui, passé librement entre les hommes leur font quitter l’état de nature, les déracinent de la Nature pour véritablement les enraciner dans l’Histoire. L’homme oublie alors la nature, qui s’est retirée plus loin que la ligne de l’horizon humain.

Michel Serres nous dit, page 62, que « ce contrat [qui] nous fit quitter l’état de nature pour former la société [est] étrangement muet sur le monde. » Il écrit un peu plus loin : « On dirait la description, locale et historique, de l’exode rural vers les villes. […] La nature se réduit à la nature humaine qui se réduit soit à l’histoire, soit à la raison. Le monde a disparu. »

Sans le citer, l’auteur fait ici implicitement référence à Rousseau, bien sûr, (et particulièrement Du contrat Social, chapitre VIII) qui nous décrit le passage de l’état de nature à l’état civil.

En jetant les prémices d’une science appliquée, après avoir défini les critères de la connaissance objective, Descartes applique sa science de la mathématique de la nature. Cette nouvelle conception philosophique du monde révolutionne l’approche de la connaissance du monde physique. Cette domination de la nature par les hommes, les Anciens en ont rêvé, Descartes l’a fait. Cette théorisation définitive du Droit naturel vient achever le processus inauguré par Descartes.

Ce bref rappel pour éclairer la finesse de l’analyse de Michel Serres qui montre, en 1990 déjà, le prévisible « retournement » de situation (page 61) : « Or, à force de la maîtriser, nous sommes devenus tant et si peu maîtres de la Terre, qu’elle menace de nous maîtriser de nouveau à son tour. […] Plus encore que nous la possédons, elle va nous posséder comme autrefois, […] mais autrement qu’autrefois. Jadis localement, globalement aujourd’hui ». Encore plus finement, pour ceux qui voudront lire car il faut aller encore plus loin dans l’analyse de l’argumentaire, Michel Serres, par sa définition de l’homme-parasite et par sa théorie du symbiote, ainsi que par les solutions qu’il propose, notamment celle de reconduire un contrat naturel en plus du contrat social et non pas contre le contrat social continue à proposer une voie qui tend à l’Universalité, par un pacte ultime qui serait la synthèse mûrie de tous les rapports passés entre l’homme et la nature.

Il balaye ainsi a priori, en faisant l’économie de la citer, la désormais classique, creuse, fausse et manipulatrice dénonciation marxiste qui n’est que cause d’erreurs stériles mais souvent dramatiques et cause de batailles anachroniques de clochés idéologiques en ruines : l’industrie capitaliste, égoïste, aurait asservi l’univers tout entier pour son seul profit ! Si nous avions aussi mauvais esprit que les marxistes, nous ferions remarquer que ce sont d’ailleurs les pays communistes (donc pourtant anticapitalistes !) qui participent le plus à la destruction de la planète : la Chine est désormais le premier pollueur au monde, les sols les plus pollués du monde se trouvent autour des entreprises minières et nucléaires russes, nos camarades soviets coulant par ailleurs leur flotte de sous-marins atomiques au fond des océans sans la moindre vergogne, sans le moindre souci écologique…

Non, ce ne sont pas les seuls capitalistes qui ont asservis l’univers. Les communistes, les marxistes, les maoïstes ne sont pas en reste. Et d’ailleurs, qui nous rappelle les couleurs du drapeau planté dans un parfait mépris de l’humanité sous le pôle nord exactement ? Les fils de Marx et d’Engels nous préparent là un grand moment de paix et d’écologie planétaire !

Non, ce ne sont pas les seuls capitalistes, ni les seuls communistes. Ce sont les hommes tous ensemble, dans ce qu’ils ont de plus universel et de plus banal à la fois qui ont endommagé la Terre au point que sa santé nous inquiète tous aujourd’hui.



Luc Ferry, Le nouvel ordre écologique :

A cela, il convient d’ajouter la lecture indispensable à mon avis du Nouvel ordre écologique, publié en 1992 par Luc Ferry chez Grasset.

Je me rappelle que l’ouvrage, à sa sortie, avait fait naître un véritable débat public parce qu’il replaçait la pensée écologiste moderne dans l’histoire de la pensée, mais qu’il « osait » aussi démontrer comment les thèses les plus radicales de l’écologie profonde s’appuyaient sur un antihumanisme (pour ne pas dire une haine de l’humanisme), un « sentimentalisme romantique » qui est l’une des bases du nazisme et qui se retrouve aujourd’hui dans les courants les plus gauchistes de l’écologie moderne… (Les extrêmes se rejoignent, même en écologie. Etonnant, non ?)

L’intérêt de la lecture de cet ouvrage de Luc Ferry réside autant dans la mise en perspective de toutes ces notions grâce au très sérieux travail d’historien des événements et d’historien de la philosophie qu’il propose, mais aussi par la critique radicale qu’il fait du Contrat naturel de Michel Serres. L’argumentation est philosophique, mais elle est si bien présentée, si clairement étayée par Luc Ferry, qu’elle est non seulement abordable mais passionnante.

Pour ceux qui se veulent « écolos », sans être victimes des discours manipulateurs de l’extrême gauche qui fait de l’écologie son cheval de bataille (oubliant trop aisément que les communistes sont non seulement de grands bourreaux de l’humanité mais aussi de grands fossoyeurs de la planète), ces deux ouvrages, lucides et assez antithétiques de deux philosophes contemporains sont donc vivement conseillés.

Conclusion :

A la sagacité de mes rares lecteurs, je livrerai quelques unes des questions qui me reviennent fréquemment quand je pense à l’écologie moderne :

Cette vénération de la Terre chez les écologistes est-elle réellement souci pour la planète et pour l’humanité ou instrumentalisation de l’état de la planète contre l’humanité et principalement contre une forme d’humanisme développé en occident ?

Cet écologisme anti-humaniste n’est-il pas un anti-occidentalisme ?

Cet anti-occidentalisme n’est-il pas une forme encore larvée d’anti-chrétienté (comprise d’ailleurs davantage dans sa dimension historique et culturelle que religieuse) ?

Cette déification de la nature, à laquelle on assiste de plus en plus clairement, n’est-elle pas un retour à ce qui fut les fondements même du paganisme ? Et là, nous savons tous où conduit l’exacerbation d’une nature sanctifiée, d’une nature qui propose à l’homme la relation païenne et romantique.

N’y a-t-il pas, dans l’écologisme tel qu’il se développe, une lutte contre la raison, contre la rationalité, visant au développement, dans ce domaine précis après qu’elle en ait corrompu tant d’autres, de l’irrationalité ?

L’écologisme, s’il se veut un discours contre la science et contre le progrès, peut-il raisonnablement faire croire qu’il veut le bien de la planète et le bonheur des hommes alors que ce défi, de garder la planète en un état suffisant pour que les civilisations perdurent, seuls les progrès scientifiques unis à une action politique raisonnée et globalisée sauront justement le relever ?

jeudi 17 juillet 2008

Le sourire étrusque : l'amour, une dernière fois, et mourir...


LE SOURIRE ÉTRUSQUE de José Luis Sampedro
Editions Métailié, 1997



Cette fois-ci, c'est un grand auteur espagnol qui dépeint un vieil italien calabrais, un homme du sud, un paysan qui doit "monter" dans le nord, à Milan, chez son fils Renato et sa belle-fille Andrea, pour soigner le cancer qui lui ronge les entrailles.


Le roman s'ouvre à Rome, frontière du Nord et du Sud, sorte de check-point neutre, d'ultime limite avant de passer à l'ennemi, avant de connaître Milan, la ville terne et grise, sans vie ni âme, sans couleurs ni odeurs. Un paysan vrai, authentique, bourru, dont l'histoire prend source au plus profond de la terre calabraise, de la résistance pendant la guerre, du savoir séculaire, des rites d'un monde révolu, est plongé là, au cœur d'un musée romain, dans une méditation admirative et curieuse devant l'étrange sourire d'un sarcophage étrusque qui accueillit bien avant l'apogée romaine deux êtres qui s'aimaient. Ces deux Etrusques allaient à la mort, à l'immortalité pense le vieux paysan, le sourire aux lèvres ! Il y a en eux une forme de volupté confiante face à la mort.


Comme de ces vieux sages qui ne tiennent plus tant que cela à la vie, qui semblent avoir déjà accepté leur sort, qui fument et qui boivent du café ou mangent en cachette malgré les strictes consignes des médecins, on pourrait espérer un ultime discours sur la vie, saupoudré de quelques vérités simples mais éternelles, de celles qu'on ne découvrirait qu'au seuil de la mort. On s'attendrait à un classique dialogue entre un père mourant et son fils. Une manière d'héritage fondamental, immatériel, qui ne dépend ni de la richesse ni du notaire, cette transmission d'une partie d'un être qui passe dans l'autre après sa mort.

Eh bien non. Ou plutôt, cela va "sauter" une génération. C'est la rencontre avec Bruno, le petit-fils inconnu, qui déclenchera tout. Le grand-père, on peut le dire, va tomber amoureux de Bruno et, à cet enfant qui lui offre un dernier bonheur sur Terre, à ce petit citadin déraciné, à cet enfant des villes modernes, il va livrer son histoire, ses racines, un discours vrai sur l'Etre. A cet enfant, il va offrir le sol solide et les fondations inattaquables de l'origine.

Le veil homme rencontre aussi une dernière fois le charme, l'amour, la tendresse, la sensation d'être vivant auprès d'Hortensia, une veuve qui le touche, comme personne semble ne l'avoir touché.

A ce moment de sa vie, sur le chemin de la mort, on s'attendrait donc, logiquement, à un roman initiatique : celui qui sait et qui a vécu livre son trésor et disparait. Là où l'auteur joue bien, c'est qu'il inverse tout : le sourire étrusque ouvre une faille dans le blindage hors norme du paysan calabrais, puis la rencontre avec Bruno et Hortensia vont faire voler en éclat cette carapace.

Comme l'écrit Anatole France dans Le Crime de Sylvestre Bonnard :
"Quel casque épais et quelle lourde cuirasse, seigneur ! Vêtement de géant ? Non ; carapace d’insecte. Les hommes d’alors étaient cuirassés comme des hannetons ; leur faiblesse était en dedans."


Finalement, au bord de la mort, c'est "le vieux" qui reçoit ce qu'il n'avait jamais soupçonné que la vie pût offrir à un homme : la tendresse, l'amour, la complicité. On apprend jusqu'au dernier jour, et cette dernière leçon de la vie conduit le vieux à cette plénitude que lui envoyait le sourire étrusque du sarcophage, comme un message, comme une promesse.


Le roman s'achève ainsi :
"Sur l'argile charnelle du vieux visage a fleuri un un sourire qui se pétrifie peu à peu, dans un tréfonds sanguin de terre cuite ancienne. Renato, attiré par le chant guerrier et les cris de l'enfant reconnaît aussitôt : Le sourire étrusque."

Sans nul doute, José Luis Sampedro est un grand auteur et, aimerais-je dire, un auteur "classique", en ce sens qu'il construit une trame narrative parfaitement, où les transitions sont si douces que l'implicite suffit. La précision, le contrôle de ses personnages dont les portraits se déroulent lentement, la retenue, la pudeur des relations, l'humour omniprésent, la juste mesure de sentiments "possibles" font de Sampedro un auteur littéraire de premier plan.

Pour quelques éléments de biographie appliquée à l'œuvre, on peut lire utilement l'article de Marie-Claude Dana, publié dans Le Monde Diplomatique, en décembre 1994 : La saveur des terroirs.


samedi 21 juin 2008

2. La fête de la musique 2008 : entre alcool et gros sous, le ressac du principe de réalité



2.
La fête de la musique et la loi HADOPI
La loi Création et Internet va donc être mise en place et c'est la principale réaction qu'on entend sur les ondes ce matin, de la part des producteurs de disques quand on les interroge sur cette fête de la musique ! On le comprend bien. Pour eux, la musique n'est pas une fête, c'est leur business. Et le business, c'est sérieux. Qui leur en voudrait de défendre leur profession, leurs intérêts, leur vie d'un labeur si pénible et si mal rémunéré ?

Me revient à l'esprit ce mot d'Audiard dans la bouche d'un Bernard Blier surexcité : "Touche pas au grisbi, salope !"
Les "salopes", là, ce sont les jeunes (et de plus en plus les moins jeunes) qui téléchargent sans payer, les mêmes qui vont célébrer cette fête de la musique en s'alcoolisant (mais pas davantage que n'importe quel jeudi soir).
La loi est dure mais c'est la loi ! Faut dire que voler, c'est pas bien ! Mais qui les a ainsi élevés, ces jeune's ? Des voleurs, des alcooliques en bandes organisées. Ah ! Elle est belle la France de demain ! Et que fait la Police ? Eh bien justement, elle va pouvoir faire.

Nous nous rappelons tous comment, enfants ou ados, nous "compilions" alors la musique sur des cassettes audio à partir des vinyls et même directement de la radio. La qualité était souvent médiocre ; rien à voir avec les compils MP3 d'aujourd'hui, mais la démarche était la même.
Nous sommes dans le cas banal d'un conflit d'intérêts et d'une guerre d'usure. Les jeunes gagneront cette guerre, c'est certain.


L'UFC-Que Choisir a réagit aussitôt à cette loi avec, me semble-t-il, des arguments tout à fait recevables (lire l'article dans LeMondeInformatique.fr, en 2 pages, attention !). Pour l'association de défense des consommateurs, le Haut Débit, délivrant en même temps la télévision et le téléphone, en plus de l'Internet, et permettant de communiquer par mails ou par webcam, de chercher des informations, du travail, etc. est devenu un service universel, au même titre que l'électricité ou l'eau courante. Et on n'imagine pas en priver un individu sans de graves conséquences sociales et humaines qui dépassent de loin l'intérêt financier immédiat des producteurs. C'est en effet une réflexion sociale importante qu'on ne peut esquiver d'un simple revers de la main. Il ne fait pas de doute que cette loi verra sa légitimité contestée devant des juridictions compétentes.


Mais d'autre éléments doivent aussi être intégrés à cette réflexion...
  1. Les jeunes dépensent déjà des fortunes pour s'équiper en appareils électroniques de toutes sortes et en gadgets. Cette dépense, pour eux, est incompressible. En cas général, leur budget est donc déjà régulièrement "explosé" par ces emplettes permanentes et ruineuses. Ils n'ont plus assez d'argent pour faire le plein de la Ferrari qu'ils viennent de s'offrir. Ils ont le sentiment d'avoir assez payé comme ça. Donc ils se servent. C'est mal, convenons-en, mais c'est ainsi. C'est la jeunesse. Nous ne faisions rien d'autre au même âge avec nos cassettes audio.
  2. Chaque fois qu'on met en place un interdit ou une procédure de protection, on relance l'esprit d'inventivité et de ruse de ceux pour qui transgresser l'interdit est une manière de vivre et de voir le monde. Le pire comme le meilleur peuvent en sortir, en témoignent les plus exaltants moments de l'Histoire comme les plus glauques faits divers. Donc ces procédures de surveillance seront contournées. Il y aura un web "officiel" pour vous et moi, et un web "clandestin", un web crypté que nos jeunes utiliseront, qui existe déjà puisqu'on sait que les pédophiles et les terroristes y ont recours. Tenons pour assuré qu'il ne faudra pas longtemps pour que les ados s'y mettent, et partout déjà des ingénieurs en informatique et des petits génies bidouilleurs doivent y œuvrer.
  3. Cette loi -déjà technologiquement dépassée- va donc créer, en réaction, un "maquis" dans le web, un lieu virtuel de résistance. Dans ce maquis, et c'est là le premier drame, nos enfants y côtoieront les pires criminels. Ces derniers, alors qu'ils sont actuellement a peu près seuls dans cette clandestinité et néanmoins déjà difficiles à repérer et à appréhender, se verront noyés dans l'océan incommensurable des jeunes venus télécharger "tranquillement" leur son et leur video. C'est là le deuxième drame : l'afflux des jeunes va les rendre encore moins décelables, moins détectables. Camouflés par leurs propres victimes potentielles, les voilà protégés.

La dématérialisation des contenus et des supports rend quasi impossible le contrôle que le marchand pouvait exercer jusqu'à présent sur sa marchandise qui lui échappe, souvent avant même qu'il décide de la mettre en vente ! La réaction des "pirates" informatiques est déjà prévisible et les conséquences de cette loi Hadopi laissent présager des effets secondaires plus graves que la maladie...

Puisque le seul principe de réalité qui gouverne est l'argent, la solution doit être économique. Certains fournisseurs semblaient y travailler, voulant proposer des catalogues de téléchargements pour des abonnements mensuels très modérés. Ça n'avance pas vite...
Pourtant, la solution est sans doute de ce côté-là.

Les jeunes téléchargeraient en toute honnêteté ce qu'ils aiment vraiment, à la carte. Puisqu'ils ne demandent qu'à être des consommateurs formatés, ils le seront avec obéissance. Au lieu de les pourchasser pour leur faire quitter la jungle de la clandestinité, les financiers devraient juste leur donner envie de venir dans la clairière qu'ils auront savamment ménagée à leur attention ! Les amener sur des plateformes légales de téléchargement sera l'occasion pour les "Majors" de leur "offrir" de nouvelles opportunités de dilapider leur argent de poche. Enfin, ce retour à la lumière, à la transparence, à la facilité amaigrirait le côté obscur du Web, qui ne manquera pas de faire du gras si l'on va dans le sens de la répression et de la culpabilisation des jeunes. D'une pierre deux coups, les vaches seront bien gardées et les éleveurs continueront de s'engraisser !

Mais les lobbies influencent trop les coulisses du monde pour que la raison visant le bien commun à long terme prime sur l'intérêt immédiat des particuliers les plus puissants...

1. La fête de la musique 2008 : entre alcool et gros sous, le ressac du principe de réalité



La fête de la musique
affole les ondes, ce matin. Deux choses semblent sortir des commentaires : l'alcoolisme des jeunes pour lesquels s'inquiètent de plus en plus les pouvoirs publics, et la loi HADOPI, sur les rapport d'Internet et de la Création, c'est-à-dire la loi contre le piratage informatique.


1. La fête de la musique et l'alcoolisme des jeunes
Avant de redevenir sérieux (donc ne partez pas tout de suite, ou allez lire le point 2 !) un peu d'humeur : l'alcoolisme des jeunes inquiète !
La bonne blague ! Ce qui inquiète, ce n'est pas l'alcoolisation de la jeunesse, c'est l'onglosaxonnisation de cet alcoolisme ! Les jeunes ne se bourrent plus "à la française". Ils se murgent "à l'anglaise". Je les vois passer sous mes fenêtres, deux à trois soirs par semaine, avec le fameux pic du jeudi, en bandes, en hordes, filles et garçons goulot au bec dans la rue, braillant des obscénités en remontant vers les places de grands rassemblements. Là, ils s'achèveront, vomiront, boiront à nouveau et rentreront ensuite par le même chemin (je les verrai repasser sous mes fenêtres). Rien de vraiment neuf sous les réverbères...

Au passage, pour célébrer cette fin de soirée avec humour, il jetteront violemment au sol leurs biberons de verre, pour les faire exploser entre les voitures stationnées. Sacrés farceurs ! C'est tellement marrant d'éventrer ses pneus au moment de partir au travail, quand on est déjà "charrette" et qu'il va falloir griller les feux oranges pour ne pas arriver en retard !
Au passage, ils décanilleront quelques rétroviseurs qui n'avaient qu'à mieux se tenir à la carrosserie. C'est fou ce que l'alcool rend les pieds légers et vous donne des airs de Jackie Chan !
Bon, là encore, rien de nouveau, rien de méchant, pas de quoi fouetter un chat, il faut bien que jeunesse se passe.

Je n'en veux pas aux jeunes de faire la fête et de m'empêcher de dormir. De toute façon, je suis insomniaque et leur présence nocturne m'est même parfois une sympathique compagnie. Pour ce qui est de leur santé... Nous, ce sont les Grands crus classés, le champagne, le Lagavulin et le foie gras. Chacun se bouche les artères comme il veut.

Ce qui m'énerve, c'est la permanente fumisterie d'une presse nombreuse qui, à l'occasion de la moindre réforme à conduire, reprend en cœur ce révulsant refrain du "
Voyons chez nos voisins anglais, comme c'est bien ! Faisons Comme eux !" On n'entend plus que ça ! l'Angleterre est devenue le modèle de la France, son Idéal, son coach idéologique et bientôt, rêvons-en, institutionnel ! Ils ont raison, nos journalistes ! On est trop con, ringard, Has Been, en France, avec nos exceptions culturelles, nos idéologies pas du tout Real Politic ! L'Angleterre, c'est pas de chômage, plein emploi, des enfants qui savent lire et écrire en sortant de l'école, des policiers sans armes et sans bavures, des fonctionnaires musulmans enturbannés ou voilées sans que ça pose problème, une société libre et ouverte, une place financière qui compte vraiment, pas de Sécu, pas d'Hôpital digne de ce nom, des mois d'attente pour consulter un médecin, un nid douillets pour terroristes en sommeil ou en préparation d'attentats, des places publiques où les pires fanatismes peuvent haranguer les foules et se propager au grand jour sous couvert de liberté d'expression, etc... L'Angleterre, c'est le rêve, le but ultime à atteindre. Je ne sais même pas pourquoi nous conservons encore un gouvernement et des Institutions ! Je serais d'avis d'aller plus loin dans la rupture : passons sous administrations anglaise ! Puisque leurs hommes politiques valent tellement mieux que les nôtres, qu'ils nous gouvernent ! Votons pour un Premier Ministre anglais. On trinquera d'un "God save the Queen", ça aura plus de gueule que notre franchouillard "Tchin-Tchin" (qui fait bien rire les Japonais, mais pour d'autres raisons !).
Du coup, nous n'aurions plus de problèmes avec l'Europe, ni avec l'Euro, ni avec l'OTAN, ni avec l'Atlantisme !
Devenons Anglais, tous nos problèmes seront résolus ! Notez que les Anglais nous ont tendu la main à plusieurs reprises depuis la mort des derniers Capétiens, et que nous avons toujours bêtement décliné l'offre... Non, non, la bêtise nous incombe à nous seuls.

Alors quoi ? Nos jeunes anglosaxonnisent leurs alcoolisme et il faudrait les en blâmer ? Félicitons-les ! Décorons-les, au contraire ! Ils mettent en œuvre dans leur quotidien l'idéologie qu'on s'emploie à installer dans leurs crânes dociles ! Soyons cohérents : arrêtons de critiquer nos enfants qui agissent conformément aux vœux de leurs pères !

Vous savez, c'est con un jeune ! Parfois, c'est impulsif, c'est irréfléchi... A force de le critiquer et de l'attaquer, il vous claque la porte au nez... et pas sûr qu'il revienne ! Imaginez que les jeunes, fatigués d'obéir servilement, de s'angliciser en tout et de se voir attaqués en permanence, décident comme ça, sur un coup de tête de revenir au casse-croûte, au verre de rouge sur le zinc. Imaginez qu'à force de s'entendre dire qu'ils sont analphabètes et incultes, ils se remettent à étudier un peu et apprennent de nouveau à lire ! Imaginez que, sachant lire, ils aillent du côté de l'Histoire et de la Pensée, qu'ils délaissent le son et l'image pour retourner au texte ! Imaginez qu'au lieu de suivre docilement le discours sirupeux des politiciens cyniques il se mettent à penser la Politique, et qu'ils aillent lire quelques livres de fous furieux oubliés, de quelque De Gaulle par exemple ! Imaginez qu'en lieu et place de la soumission, ils entrent en résistance au monde que leur prépare la Droite comme la Gauche, le Libéralisme comme le Socialisme ou l'Altermondialisme !


Allons, allons ! Faut-il vraiment que nos jeunes ne sortent plus analphabètes de l'école, drogués à l'idéologie, à l'image, au son, à l'alcool anglo-saxons ? Faut-ils qu'ils se mettent à lire vraiment les textes pour ne plus croire aux fables ? Faut-ils qu'ils se mettent à lire les vraies bibles politiques au lieu de croire aveuglément aux gloses de nos curés élus ?
Arrêtons d'ennuyer les jeunes, avec leurs piratages Internet, leurs beuveries et leurs drogues, ou nous risquons d'en faire des empêcheurs de consommer, de politiquer, de voter, de picoler en rond !
Et ce n'est pas ce que nous voulons, n'est-ce pas ? Nous ne voulons que leur bien... Ce sont nos enfants, après tout...



2.
La fête de la musique et la loi HADOPI
La loi Création et Internet va donc être mise en place et c'est la principale réaction qu'on entend sur les ondes ce matin, de la part des producteurs de disques quand on les interroge sur cette fête de la musique ! On le comprend bien. Pour eux, la musique n'est pas une fête, c'est leur business. Et le business, c'est sérieux. Qui leur en voudrait de défendre leur profession, leurs intérêts, leur vie d'un labeur si pénible et si mal rémunéré ?

Me revient à l'esprit ce mot d'Audiard dans la bouche d'un Bernard Blier surexcité : "Touche pas au grisbi, salope !"
Les "salopes", là, ce sont les jeunes (et de plus en plus les moins jeunes) qui téléchargent sans payer, les mêmes qui vont célébrer cette fête de la musique en s'alcoolisant (mais pas davantage que n'importe quel jeudi soir).
La loi est dure mais c'est la loi ! Faut dire que voler, c'est pas bien ! Mais qui les a ainsi élevés, ces jeune's ? Des voleurs, des alcooliques en bandes organisées. Ah ! Elle est belle la France de demain ! Et que fait la Police ? Eh bien justement, elle va pouvoir faire.

Nous nous rappelons tous comment, enfants ou ados, nous "compilions" alors la musique sur des cassettes audio à partir des vinyls et même directement de la radio. La qualité était souvent médiocre ; rien à voir avec les compils MP3 d'aujourd'hui, mais la démarche était la même.
Nous sommes dans le cas banal d'un conflit d'intérêts et d'une guerre d'usure. Les jeunes gagneront cette guerre, c'est certain.


L'UFC-Que Choisir a réagit aussitôt à cette loi avec, me semble-t-il, des arguments tout à fait recevables (lire l'article dans LeMondeInformatique.fr, en 2 pages, attention !). Pour l'association de défense des consommateurs, le Haut Débit, délivrant en même temps la télévision et le téléphone, en plus de l'Internet, et permettant de communiquer par mails ou par webcam, de chercher des informations, du travail, etc. est devenu un service universel, au même titre que l'électricité ou l'eau courante. Et on n'imagine pas en priver un individu sans de graves conséquences sociales et humaines qui dépassent de loin l'intérêt financier immédiat des producteurs. C'est en effet une réflexion sociale importante qu'on ne peut esquiver d'un simple revers de la main. Il ne fait pas de doute que cette loi verra sa légitimité contestée devant des juridictions compétentes.


Mais d'autre éléments doivent aussi être intégrés à cette réflexion...
  1. Les jeunes dépensent déjà des fortunes pour s'équiper en appareils électroniques de toutes sortes et en gadgets. Cette dépense, pour eux, est incompressible. En cas général, leur budget est donc déjà régulièrement "explosé" par ces emplettes permanentes et ruineuses. Ils n'ont plus assez d'argent pour faire le plein de la Ferrari qu'ils viennent de s'offrir. Ils ont le sentiment d'avoir assez payé comme ça. Donc ils se servent. C'est mal, convenons-en, mais c'est ainsi. C'est la jeunesse. Nous ne faisions rien d'autre au même âge avec nos cassettes audio.
  2. Chaque fois qu'on met en place un interdit ou une procédure de protection, on relance l'esprit d'inventivité et de ruse de ceux pour qui transgresser l'interdit est une manière de vivre et de voir le monde. Le pire comme le meilleur peuvent en sortir, en témoignent les plus exaltants moments de l'Histoire comme les plus glauques faits divers. Donc ces procédures de surveillance seront contournées. Il y aura un web "officiel" pour vous et moi, et un web "clandestin", un web crypté que nos jeunes utiliseront, qui existe déjà puisqu'on sait que les pédophiles et les terroristes y ont recours. Tenons pour assuré qu'il ne faudra pas longtemps pour que les ados s'y mettent, et partout déjà des ingénieurs en informatique et des petits génies bidouilleurs doivent y œuvrer.
  3. Cette loi -déjà technologiquement dépassée- va donc créer, en réaction, un "maquis" dans le web, un lieu virtuel de résistance. Dans ce maquis, et c'est là le premier drame, nos enfants y côtoieront les pires criminels. Ces derniers, alors qu'ils sont actuellement a peu près seuls dans cette clandestinité et néanmoins déjà difficiles à repérer et à appréhender, se verront noyés dans l'océan incommensurable des jeunes venus télécharger "tranquillement" leur son et leur video. C'est là le deuxième drame : l'afflux des jeunes va les rendre encore moins décelables, moins détectables. Camouflés par leurs propres victimes potentielles, les voilà protégés.

La dématérialisation des contenus et des supports rend quasi impossible le contrôle que le marchand pouvait exercer jusqu'à présent sur sa marchandise qui lui échappe, souvent avant même qu'il décide de la mettre en vente ! La réaction des "pirates" informatiques est déjà prévisible et les conséquences de cette loi Hadopi laissent présager des effets secondaires plus graves que la maladie...

Puisque le seul principe de réalité qui gouverne est l'argent, la solution doit être économique. Certains fournisseurs semblaient y travailler, voulant proposer des catalogues de téléchargements pour des abonnements mensuels très modérés. Ça n'avance pas vite...
Pourtant, la solution est sans doute de ce côté-là.

Les jeunes téléchargeraient en toute honnêteté ce qu'ils aiment vraiment, à la carte. Puisqu'ils ne demandent qu'à être des consommateurs formatés, ils le seront avec obéissance. Au lieu de les pourchasser pour leur faire quitter la jungle de la clandestinité, les financiers devraient juste leur donner envie de venir dans la clairière qu'ils auront savamment ménagée à leur attention ! Les amener sur des plateformes légales de téléchargement sera l'occasion pour les "Majors" de leur "offrir" de nouvelles opportunités de dilapider leur argent de poche. Enfin, ce retour à la lumière, à la transparence, à la facilité amaigrirait le côté obscur du Web, qui ne manquera pas de faire du gras si l'on va dans le sens de la répression et de la culpabilisation des jeunes. D'une pierre deux coups, les vaches seront bien gardées et les éleveurs continueront de s'engraisser !

Mais les lobbies influencent trop les coulisses du monde pour que la raison visant le bien commun à long terme prime sur l'intérêt immédiat des particuliers les plus puissants...